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La vie des grands savants fait-elle partie de la Science ?

lundi 4 avril 2016

La cérémonie de remise des prix de la 7e édition du concours de nouvelles scientifiques organisée par l’ENSTA ParisTech le jeudi 31 mars à 19h, en présence des membres du jury et des partenaires s’est ouverte par une table ronde intitulée : La vie des grands savants fait-elle partie de la Science ?

Laurence Décreau, organisatrice du concours lance le thème de la table ronde : « les scientifiques célèbres ont une face glorieuse qui a tendance à cacher la face triviale de leur vie quotidienne » . Quel monde ressentaient-ils de leur vivant ?
Cette question est importante : du scientifique, on ne retient que les travaux, les équations mais pas grand chose de sa vie. Le sujet du concours cette année est de rendre à la Science son humanité ce qu’a fait Jérôme Ferrari dans le "Principe".
Mme Décreau salue la participation grandissante des filles au concours. Des femmes savantes ont également été mentionnées : Marie Curie, Sophie Germain, Emilie du Chatelet.
De nombreuses nouvelles ont été envoyées cette année ( 800 contre 600 l’année dernière).
Après un message de bienvenue de l’ENSTA (École Nationale Supérieure des Techniques Avancées), qui par ce concours représente le lien entre les sciences dures et les sciences humaines, Laurence Décreau, organisatrice du concours nous présente les membres du Jury :

* Jérôme Ferrari, romancier, né à Paris de parents corses. Agrégé de philosophie et titulaire d’un DEA d’ethnologie, il est depuis septembre 2015 professeur de philosophie en classes préparatoires à Bastia et dans le secondaire à Ajaccio. Lauréat du prix Goncourt 2012 pour Le Sermon sur la chute de Rome, iI a récemment publié Le Principe, ainsi nommé d’après le « principe d’incertitude » du physicien Heisenberg qui est le héros de ce livre.
Jérôme Ferrari a un goût prononcé pour la physique quantique et l’épistémologie. Vulgarisateur d’Heisenberg, il présente avec lui des affinités intellectuelles.

* Étienne Klein : physicien, directeur de recherches au CEA. Spécialiste de la physique quantique et de ses grands découvreurs. Il a consacré un livre biographique à Ettore Majorana, physicien italien, spécialiste des particules. Il considère que l’étude de la vie privée des grands génies permet de mieux comprendre ses travaux. Il est important de séparer la part purement cérébrale du découvreur de celle du contexte.

*Françoise Balibar, professeure émérite de physique à l’Université Paris 7 Denis Diderot. Physicienne, historienne des sciences. Elle a consacré une grande partie de sa vie dont sa thèse à Einstein. Il lui semble important de mêler réflexions scientifiques et littéraires. C’est ainsi qu’elle s’est lancée dans la traduction des correspondances d’Einstein. Elle s’est également beaucoup intéressée à Sophie Germain, qui s’est battue pour entrer dans le domaine fermé des scientifiques masculins .
S Germain se procure les cours de l’École polytechnique, réservée aux hommes, en empruntant l’identité d’un ancien élève, Antoine Auguste Le Blanc. Elle envoie ses remarques à Joseph-Louis Lagrange, qui finit par découvrir la supercherie en la convoquant du fait de ses brillantes réponses. Il devient l’ami et le mentor de la jeune fille. Elle entretient une correspondance avec Gauss qu’elle tente plusieurs fois de sauver pendant les campagnes napoléoniennes. Deux nouvelles présélectionnées lui ont été consacrées : l’une sur son identité masculine, l’autre sur sa correspondance avec Gauss.

*Hugo Boris a étudié les sciences politiques et le cinéma. Il travaille dans une école d’audiovisuelle.
Dans son dernier roman, Trois grands fauves, c’est au tour du lecteur d’être placé face à trois prédateurs : Danton, Hugo et Churchill. Trois héros qui ont en commun d’avoir été confrontés très tôt à la mort, d’avoir survécu et d’y avoir puisé une force dévorante.
Mme Décreau lui a demandé quel est le point commun des différentes nouvelles lues.
Les savants présentés dans les nouvelles sont des personnages romanesques .
Leur point commun : une géniale inadaptation au monde.
Comment définir un génie ?
Le génie ne cherche pas à s’adapter mais à adapter son environnement, c’est-à-dire à faire rentrer son environnement dans un théorème, ce qui se paie au prix de l’inadaptation.

* Guillaume Lecointre , biologiste, chercheur et professeur au Muséum national d’Histoire naturelle où il dirige le département « Systématique et Évolution ». C’est un systématicien, soit une personne qui gère les rapports entre les concepts des noms et des choses ou un scientifique de la classification. Il a participé à une œuvre collective sur Darwin. Particulièrement impliqué dans la vulgarisation scientifique, il était entre 1995 et 2005 chroniqueur pour le journal Charlie-Hebdo dans lequel il écrivait des articles de vulgarisation scientifique.
G Lecointre lance un débat : Pourquoi résumer en une seule personne une théorie collective comme Darwin ?

Souvent, on tente d’héroïser les grands trouveurs et finalement, le fait d’être considéré comme un génie ou non dépend du social. Ce qui fait qu’un génie est considéré comme tel, c’est en fait qu’une idée scientifique doit passer par un filtre. Il faut donc qu’elle soit validée par une communauté scientifique. Quel est le métier du scientifique ? être assis sur les épaules de son prédécesseur et s’inscrire dans une perpétuelle demande de remise en question : c’est donc une aventure humaine collective !
Étienne Klein ajoute qu’il y a beaucoup de génies oubliés, inconnus. Certaines idées géniales non validées par une communauté scientifique sont tombées dans l’oubli. Il prend l’exemple des ondes gravitationnelles qui étaient prédites par Einstein mais dont la présence n’a été démontrée que maintenant.
Le débat se poursuit par la problématique suivante : « quel est l’intérêt de connaître la vie privée des scientifiques ? »
A priori aucun … ou bien découvrir comment une idée vient de manière non rationnelle. Jérôme Ferrari prend l’exemple d’Einstein, qui, à quinze ans, s’interroge sur le fait que la lumière peut émettre une autre lumière, ce qui conduira à sa théorie de la relativité en 1905. Einstein, malheureux dans son lycée précédent, parle de son changement d’établissement comme d’un sauvetage. Il est indéniable que le contexte a joué.
Françoise Balibar poursuit le débat en disant que jamais les scientifiques n’expliquent pas de quelle manière leurs découvertes ont été effectuées. Souvent, dans les milieux scientifiques, ils n’aiment pas en parler. La littérature vient souvent au secours des Sciences muettes pour restituer le présent de la découverte c’est à dire le contexte.
Jérôme Ferrari s’est interdit dans le Principe d’imaginer des scènes qui n’ont pas existé, craignant le ridicule éternel.
La réflexion littéraire sur l’action scientifique ne peut être faite que par quelqu’un de l’extérieur comme un homme de lettres. Darwin continue à être contredit. Un scientifique n’a pas à prendre en compte les pressions politiques, économiques et sociales. La Science doit être autonome !
Il faudrait une histoire des Sciences à développer dès le secondaire. Pour E.Klein, l’histoire des Sciences est un champ infini .
Il propose donc une solution : étudier l’histoire complète et exacte d’une découverte sur un an.
Mme Ghyslaine Deslaurier chargée d’études au bureau d’actions éducatives, culturelles et sportives prend la parole :
Quels étaient les objectifs du concours ? éveiller une curiosité à la Science, encourager les filles à devenir des scientifiques et préparer le futur citoyen à appréhender la société qui l’entoure.
Selon Gaston Bachelard l’imaginaire et la rationalité sont deux actions mentales irréductibles, une chose étant de penser scientifiquement et une autre de rêver poétiquement.
Ainsi, dans ce concours, il était demandé de « rêver scientifiquement et de penser poétiquement. »

Après ce mot de la fin , a suivi la remise des prix dans les trois catégories de nouvelles : "étudiants scientifiques", "grand public" et "les élèves du secondaire".
Nous avons terminé à la quatrième place de la catégorie "élèves du secondaire".

A suivi un buffet-discussion avec les membres du jury :

Marguerite Bertrand
Mélanie Régnier
Virginie Leclercq
Isabelle Thibaudet

Télécharger ici :
*- Les témoignages des élèves à l’issue de la table ronde
*- La nouvelle écrite par Bertrand Marguerite et Renier Mélanie : De lumière et de feu
*- Le choix d’Archimède comme sujet de la nouvelle scientifique.